Peines pour un délit routier : tout ce que le tribunal peut prononcer

Les textes annoncent des années d'emprisonnement et des milliers d'euros d'amende. Dans la salle d'audience, le jugement se compose autrement : suspension, annulation, travail d'intérêt général, jours-amende, stage, confiscation, éthylotest antidémarrage, sursis. Voici chaque peine, ses plafonds et leurs combinaisons.

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En bref

Pour un délit routier, le tribunal ne se limite pas à l'emprisonnement et à l'amende encourus. Il peut prononcer une suspension du permis (jusqu'à 3, 5 ou 10 ans selon le délit), son annulation, la confiscation du véhicule, un éthylotest antidémarrage jusqu'à 5 ans, un travail d'intérêt général de 20 à 400 heures, des jours-amende (360 jours au plus), un stage ou un sursis. Plusieurs de ces peines se cumulent dans un même jugement. Ce panorama complète notre dossier sur la procédure pénale routière.

Peine encourue, peine prononcée : quelle différence ?

La peine encourue est le maximum fixé par la loi pour chaque délit. La peine prononcée est celle que le juge retient, en fonction des faits, des antécédents, des ressources et de la situation personnelle du prévenu.

DélitEmprisonnement et amende encourusSuspension judiciaire maximale
Alcool délictuel ou stupéfiants3 ans, 9 000 €5 ans
Alcool et stupéfiants cumulés5 ans, 15 000 €5 ans
Excès de vitesse d'au moins 50 km/h3 mois, 3 750 €3 ans
Conduite malgré suspension ou annulation2 ans, 4 500 €3 ans
Refus d'obtempérer2 ans, 15 000 €3 ans
Conduite sans permis1 an, 15 000 €Sans objet
Homicide routier7 ans, 100 000 € ; 10 ans, 150 000 € avec deux circonstances10 ans

Ces maximums sont doublés en cas de récidive légale, qui rend en outre certaines peines automatiques.

L'emprisonnement : ferme, avec sursis ou aménagé ?

Le sursis simple

La peine est prononcée mais n'est pas exécutée, à condition de ne pas être condamné à nouveau pendant 5 ans. Il est ouvert au prévenu qui n'a pas été condamné à une peine d'emprisonnement dans les 5 ans précédents.

Le sursis probatoire

L'emprisonnement est suspendu, mais le condamné est soumis à des obligations pendant un délai de probation de 1 à 3 ans : soins, travail, stage, interdiction de conduire, conduite d'un véhicule équipé d'un éthylotest antidémarrage. Ce délai peut atteindre 5 ans en récidive et 7 ans en cas de nouvelle récidive. Un manquement ou une nouvelle infraction expose à la révocation.

L'emprisonnement ferme et son aménagement

Lorsque le tribunal prononce une peine ferme, sa durée détermine la suite :

  • De 1 à 6 mois : la juridiction doit l'aménager, sauf impossibilité qu'elle motive.
  • De 6 mois à 1 an : l'aménagement reste le principe ; le refus doit être spécialement motivé.
  • Au-delà d'1 an : pas d'aménagement à l'audience.

L'aménagement prend la forme d'une détention à domicile sous surveillance électronique, d'une semi-liberté ou d'un placement à l'extérieur. En l'absence de mandat de dépôt, le condamné est convoqué devant le juge de l'application des peines (article 723-15 du Code de procédure pénale).

L'amende et les jours-amende : comment sont-ils calculés ?

L'amende est fixée par le tribunal dans la limite du maximum encouru. Les jours-amende sont une peine différente : le tribunal fixe un nombre de jours, 360 au plus, et un montant par jour, 1 000 € au plus, déterminé selon les ressources. Le total est exigible à l'expiration du délai correspondant au nombre de jours prononcé.

  • Réduction de 20 % si le paiement intervient dans le mois.
  • Incarcération en cas de défaut de paiement, pour une durée égale au nombre de jours-amende impayés.

Les jours-amende ne se cumulent pas avec l'amende : le tribunal prononce l'un ou l'autre.

Travail d'intérêt général et stage : dans quels cas ?

Le travail d'intérêt général

Le travail d'intérêt général (TIG) est un travail non rémunéré. Pour un délit, sa durée va de 20 à 400 heures, à exécuter dans le délai fixé par la juridiction, 18 mois au plus. Il suppose l'accord du condamné. Il peut être prononcé à la place de l'emprisonnement ou comme obligation d'un sursis probatoire. Ne pas l'exécuter est un délit, puni de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende.

Le stage de sensibilisation à la sécurité routière

Le stage peut être prononcé comme peine complémentaire ou alternative, ou figurer dans une composition pénale. Il est aux frais du condamné. Dans ce cadre, il ne rapporte aucun point. Seul le stage volontaire de récupération de points permet d'en regagner. En matière de stupéfiants, le tribunal peut aussi ordonner un stage de sensibilisation aux dangers de ces produits.

Quelles peines touchent le permis de conduire ?

  • La suspension judiciaire : 3 ans au plus pour les délits routiers de droit commun, 5 ans pour l'alcool, les stupéfiants et le délit de fuite, 10 ans pour l'homicide routier et les blessures routières. Pour un délit, elle ne peut pas être limitée aux périodes hors activité professionnelle : le permis blanc n'existe pas dans ce cas. La durée de la suspension déjà décidée par le préfet s'impute sur celle du tribunal. Voir la page suspension judiciaire du permis.
  • L'annulation : le permis disparaît et doit être repassé après un délai d'interdiction fixé par le juge, 3 ans au plus en règle générale, 5 ans au plus pour l'alcool et les stupéfiants, de 5 à 10 ans pour l'homicide routier. Elle est facultative la première fois pour la plupart des délits et de plein droit dans les cas listés sur la page annulation du permis.
  • L'interdiction de conduire certains véhicules : 5 ans au plus. Elle peut viser aussi les véhicules pour lesquels le permis n'est pas exigé. La voiture sans permis n'est donc pas toujours une solution.
  • L'éthylotest antidémarrage : interdiction de conduire un véhicule qui n'en est pas équipé, pendant 5 ans au plus. Conduire un véhicule non équipé malgré cette interdiction est un délit puni de 2 ans d'emprisonnement, 4 500 € d'amende et 6 points. Voir la page éthylotest antidémarrage.

Le retrait de points, lui, n'est pas une peine. C'est une conséquence administrative de la condamnation définitive : 6 points pour la plupart des délits routiers, 9 pour le cumul d'alcool et de stupéfiants. Le juge ne peut ni le réduire ni l'écarter.

Quelles peines touchent le véhicule ?

  • La confiscation : le véhicule devient la propriété de l'État. Elle est obligatoire, sauf décision spécialement motivée, pour la conduite sans permis ou malgré suspension, la récidive d'alcool ou de stupéfiants, le cumul d'alcool et de stupéfiants, le refus d'obtempérer depuis le 20 août 2026 et le rodéo motorisé. Elle est facultative pour une première infraction d'alcool, de stupéfiants ou de grand excès de vitesse. Les arguments qui permettent de l'écarter figurent sur la page confiscation du véhicule.
  • L'immobilisation : prononcée comme peine complémentaire, elle dure 1 an au plus.

Comment ces peines se combinent-elles ?

PeinePlafondRègle de combinaison
EmprisonnementMaximum du délitSe cumule avec l'amende ; peut être assorti d'un sursis
AmendeMaximum du délitSe cumule avec l'emprisonnement ; pas avec les jours-amende
Jours-amende360 jours, 1 000 € par jourRemplacent l'amende
Travail d'intérêt général20 à 400 heuresÀ la place de l'emprisonnement, ou obligation d'un sursis probatoire
Suspension, annulation, EAD, confiscation, stageSelon le délitS'ajoutent aux peines principales

Deux précisions comptent en pratique. D'abord, le tribunal assortit souvent la suspension ou l'annulation de l'exécution provisoire : la mesure s'applique immédiatement, même si vous faites appel dans le délai de 10 jours. Ensuite, la condamnation est inscrite au casier, sauf dispense à demander à l'audience pour le bulletin n° 2 : voir la page délit routier et casier judiciaire.

La peine dépend-elle de la procédure suivie ?

Oui. Avant l'audience classique devant le tribunal correctionnel, le procureur peut choisir une voie simplifiée, dont les plafonds sont plus bas.

  • L'ordonnance pénale : pas d'emprisonnement ; amende limitée à la moitié du maximum encouru et à 5 000 € ; suspension du permis possible. Opposition dans les 45 jours.
  • La composition pénale : amende de composition, remise du permis pendant 6 mois au plus, éthylotest antidémarrage pendant 3 ans au plus, stage, travail non rémunéré de 100 heures au plus, immobilisation de 6 mois au plus.
  • La comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité : l'emprisonnement proposé ne peut dépasser ni 3 ans ni la moitié de la peine encourue. L'avocat est obligatoire.
  • L'amende forfaitaire délictuelle : pour certains délits commis hors récidive, une amende fixe éteint les poursuites, mais elle est inscrite au casier.

Dans tous les cas, le retrait de points s'applique comme après un jugement.

Que fait l'avocat sur la question de la peine ?

Lorsque les faits sont établis, l'audience se joue sur la peine. Le cabinet prépare ce débat autant que celui de la culpabilité :

  • Un dossier de personnalité : contrat de travail, attestation de l'employeur, charges de famille, justificatifs de ressources, démarches de soins, stage déjà effectué.
  • Le choix de la peine demandée : une interdiction de conduire sans éthylotest antidémarrage plutôt qu'une suspension, un travail d'intérêt général plutôt qu'une peine d'emprisonnement, un aménagement dès l'audience.
  • Les peines automatiques : motivation permettant d'écarter une confiscation obligatoire, discussion de la durée d'interdiction après une annulation.
  • Le casier : demande de dispense d'inscription au bulletin n° 2, essentielle pour les conducteurs professionnels.
  • Les recours : appel dans les 10 jours, en mesurant le risque d'aggravation.

Le tribunal reste libre de sa décision. Pour préparer votre audience, utilisez la page contact ou appelez le 01 76 24 01 00, du lundi au samedi, de 9 h à 20 h.

Questions fréquentes

Va-t-on en prison pour un premier délit routier ?

L'emprisonnement est encouru, mais le tribunal dispose du sursis, du travail d'intérêt général et des jours-amende. S'il prononce une peine ferme de 1 à 6 mois, il doit l'aménager, sauf impossibilité motivée. La réponse dépend des faits et du dossier présenté.

Le stage ordonné par le tribunal fait-il récupérer des points ?

Non. Prononcé comme peine ou dans une composition pénale, le stage de sensibilisation ne rapporte aucun point. Seul le stage suivi volontairement permet d'en récupérer.

Peut-on refuser un travail d'intérêt général ?

Oui : cette peine ne peut être prononcée qu'avec l'accord du condamné. En cas de refus, le tribunal choisit une autre peine, qui peut être plus lourde.

Que se passe-t-il si je ne paie pas mes jours-amende ?

Le défaut de paiement entraîne une incarcération d'une durée égale au nombre de jours-amende impayés. À l'inverse, le paiement dans le mois ouvre droit à une réduction de 20 %.

La suspension du préfet s'ajoute-t-elle à celle du tribunal ?

Non. La suspension administrative cesse lorsque la décision judiciaire devient exécutoire, et sa durée s'impute sur la suspension prononcée par le tribunal.

Le juge peut-il supprimer le retrait de points ?

Non. Le retrait de points n'est pas une peine mais une conséquence administrative de la condamnation définitive. Seule une relaxe ou une annulation de la procédure l'évite.

Pour aller plus loin

Cette page présente des informations générales à jour au mois d'octobre 2026 et ne remplace pas une consultation. Rédigé par le cabinet Car Avocat, 191-195, avenue Charles de Gaulle, 92200 Neuilly-sur-Seine.

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